Sous pression

Bien de question nous nous posons quand les cylindres mettent nos planches sous pression : aurais-je serré trop ? Ou pas assez ?

Ou, encore : la pression, est-elle bien égale des deux côtés ?

J’aborde ici un autre épineux argument qui tracasse les néophytes pratiquant l’art de l’estampe… quelle force utiliser pour « serrer » mes vis de réglage ?

Eh bien ! Voilà que je vous apporte la solution, j’espère, universelle.

Dans cet article, je tente de décrire les principes de base pour toute production en série, qui sont : l’uniformité et l’économicité en temps et matériel.

Faire de l’estampe, c’est une production « en série » même s’il s’agit d’une production « artistique ».

Mais non ! Ce n’est pas du travail à la « chaîne » !

Vous exclamerez-vous : chaque tirage n’est pas exactement identique, il y a toujours des différences entre les copies.

Je vous l’accorde, cela n’est qu’un petit indice qui garanti l’authenticité du procédé le distinguant des réalisations « industrielles ».

Je peux effectivement tirer des milliers de copies d’une même planche (incrédules, voir plus bas) et je dois pouvoir obtenir des copies identiques pour tant que possible.

Vrais, pas vrais

Beaucoup de théories existent, ou plutôt des croyances, sur ce qui est la meilleure manière de régler une presse de taille-douce.

Des théories ? Des croyances ? Pour qui vous prenez-vous Monsieur Proca? Pour le guru de la taille-douce ?

Consœurs et confrères artistes, je dois vous dire, à ma décharge, qu’il m’a fallu réaliser une enquête complexe pour connaître comment m’y prendre, car les langues ne se délient pas facilement dans ce milieu (de la gravure).

J’ai donc interviewé des imprimeurs en taille-douce ; des graveurs-imprimeurs en papier d’en tête, faire-part et cartes de visite de luxe (taille-douciers sur acier) ; des constructeurs de presses en taille douce et quelque artiste (peu, je l’avoue).

J’en ai déduit qu’il n’est pas nécessaire qu’une presse pèse des tonnes.

Ce mythe vient du fait que les premières presses étayent réalisées en chêne massif (y compris les rouleaux, voir ici) et elles étayent grandes et grosses donc, lourdes.

Avec l’ère industrielle

L’introduction de l’acier dans les presses a été, tout au début, appliquée à des machines présentant la même, massive, architecture de celles en bois, le résultat donna des presses encore plus lourdes.

Au fil des décennies, il est évident que la forme devienne plus fine, plus galbée, les châssis sont ajourés et nervurés pour, évidemment : réduire le poids.

Par exemple, les fabrications plus récentes ont abandonné le cylindre plein en faveur de rouleaux « tubulaires », plus légères et rigides.

On peut facilement en déduire que le poids n’est pas une caractéristique indispensable pour ces machines.

Effectivement, à l’âge d’or de cette technique, le IXe siècle, quand les imprimeries tiraient à une cadence impressionnante un nombre impressionnant des feuilles, la stabilité de la presse était un atout indispensable.

Toutefois, malgré leur poids, les presses étaient fixées souvent au sol, mais pour quelle raison ?

Comme j’ai écrit plus haut, à l’époque, c’était important d’imprimer beaucoup de copies, aussi rapidement.

L’impression en taille-douce, par sa nature, est un procédé long : encrage, essuyage, paumage, nettoyage des bords, centrage de la planche, etc.

Donc, il fallait réduire les temps d’impression, prenant des raccourcis.

Par exemple : l’utilisation de planches en acier (plus robustes et plus faciles à essuyer), des gravures aux sillons profonds, du papier fin (la production étais presque totalement destinés aux livres) et… une forte pression.

L’imprimeur tirait sur les barres avec toute sa force pour faire tourner les cylindres.

Le plateau avançait lentement, mais à cause du poids des cylindres le barycentre se trouve en haut de la machine, ainsi la presse glissait, et se déplaçait sur le sol de l’atelier, il était donc nécessaire de la fixer au plancher.

Forte pression

Les estampes et taille-douce jusqu’au XIXe siècle présentaient une caractéristique que, à l’introduction du concept de « estampe d’art » au XXe, n’étaie plus généralisée : le fond parfaitement propre.

Le dessin était en noir bien défini et le papier restait parfaitement dégagé de toute ombre d’encre.

Pour obtenir un résultat optimal, on utilisait des planches en cuivre aciéré, ou en acier, ces matrices étaient gravées en profondeur, la presse était réglée avec une forte pression garnie de plusieurs langes épais.

De cette manière le papier était forcé à pêcher l’encre resté tout au fond des sillons à cause d’un essuyage très rapide et poussé.

Il n’était pas indispensable d’utiliser tant de pression, mais cela faisait gagner beaucoup de temps à l’essuyage qui pouvait être « exagéré ».

La conséquence inévitable était, en revanche, une usure rapide des organes de frottement, c.-à-d. des roulements, des paliers et des axes des cylindres.

Cette importante usure, je l’ai vue sur des vieilles « Ledeuil » ayant servi longtemps dans les ateliers d’imprimerie.

Le réglage en pratique

À nos jours, l’estampe d’art n’a plus besoin d’optimiser autant les temps d’impression, le soin porté au tirage d’une œuvre est plus important que la rapidité et l’économicité de reproduction.

Ce n’est pas rare que les artistes et les imprimeurs actuels jouent les nuances en laissant un voile plus ou mois uniforme d’encre s’imprimer sur la feuille.

Donc, je procèderai par étapes, à la fin je dois faire bonne impression, n’est-ce pas ?

Maintenant je prépare ma presse, j’enlève les langes et tout autre épaisseur mis sur le plateau comme : feuilles de papier, plastique transparent, repères divers, scotch, etc.

Je nettoie bien la surface du plateau, le cylindre et j’en profite pour lubrifier les égrainages et les roulements.

Le plateau placé au milieu de sa course, je procède à serrer les vis de réglage pour faire descendre le cylindre et le mettre en contact avec le plateau. Sans serrer brutalement.

J’assombris la pièce et je place une source lumineuse, la lampe de votre smartphone fera l’affaire, juste derrière le cylindre, à contact du plateau, je tâcherais de voir si la lumière passe sous la ligne de contact.

Et

Maintenant je vous présente les trois non, les quatre situations qui peuvent se présenter :

  1. La lumière ne passe pas tout le long du plateau.
  2. Je vois passer la lumière d’un côté, mais pas de l’autre.
  3. La lumière passe au milieu, mais pas sur le côté du point de contact.
  4. C’est l’envers, au milieu les deux éléments ferment correctement, mais aux bords ça passe.

Dans le premier cas, il n’y aura rien à faire, tout est parfait. Nous pouvons passer à la phase suivante, en revanche si je me trouve dans la situation au deuxième cas je dois serrer plus la vis du côté où la lumière passe, jusqu’à quand elle n’est plus visible.

Nous allons maintenant déchiffrer les cas trois et quatre : que puis-je faire au point trois ?

Il est évident que notre plateau n’est plus plat, c’est un souci qui se présente le plus souvent avec les plateaux en « HPL », ceux qui semblent en plastique pour être clair. Cette déformation peut donner des problèmes dans l’impression de grandes planches qui se retrouveraient avec une pression plus faible au milieu.

Je dois donc changer le côté sur lequel je poserai la planche donc, je retourne le plateau. Mais… on se retrouvera avec le souci décrit au point quatre ! (me direz-vous). Oui, finalement ce n’est pas trop grave, gentiment on va serrer les vis des deux côtés jusqu’à quand on ne verra plus la lumière passer.

Dernière vérification ! Tournant le volant ou la manivelle, selon les cas, le plateau doit avancer sans effort et il ne doit pas être possible de le faire glisser entre les cylindres qui doivent le brider franchement.

Maintenant je ne dois surtout pas perdre la concentration…

Installation des langes

Très important ! Je dévisse d’un nombre identique de tours mes deux vis de réglage, cela parait anodin, mais il y a le risque de perdre le compte assez facilement.

Une fois que j’ai séparé suffisamment mon cylindre supérieur du plateau, j’installe mes langes, bien alignés et centrés.

Proca Peintre entre autres
Vérifiez bien le positionnement des langes…

Donc, je commence à visser « d’un même nombre de tours de deux côtés » jusqu’à quand les langes seront bien serrés entre le cylindre et le plateau.

Une fois que j’ai séparé suffisamment mon cylindre supérieur du plateau, j’installe mes langes, bien alignés et centrés.

Comme décrit plus haut, en tournant la manivelle sans grand effort, l’avancement du plateau doit être souple, avec un peu de résistance, je ne peux toujours pas faire glisser le plateau entre les cylindres.

Si j’utilise une feuille plastique, ou d’autres repères, entre ma planche et le plateau, je les positionne aussi comme si je devais tirer une copie.

Je suis prêt !

Maintenant la pression est « à fond », donc, à nouveau, je fais très attention et je dévisse parement les deux vis, juste un peu, et je teste le passage de mes éléments sous le cylindre.

C’est le moment de prendre une planche et une feuille pour tester le réglage.

Je prépare mon papier, humecté comme il faut, je place une planche gravée sur le plateau et, comme d’habitude, je positionne mes langes et je fais tournes les cylindres.

En regardant le résultat, je dois toujours distinguer une cuvette bien marquée. En même temps l’avancement du plateau doit se faire sans grand effort et sans à coup au début, comme nous ne devons pas avoir l’impression que le cylindre « tombe » à la « sortie » de la planche.

Une autre chose que je considère importante est que, une fois mon estampe séchée, je dois aussi apercevoir le grain du papier, sa texture, aussi sur la partie imprimée.

C’est une question importante de conserver les caractéristiques esthétiques de la feuille de papier, il n’est pas cohérent de choisir tel ou tel autre support pour son grain et l’effacer sous la presse. L’atténuation de la texture est une conséquence normale, mais non pas son anéantissement, tant qu’à choisir une feuille très, très lisse et garnir son estampe d’un passepartout rugueux, finalement.

En concluant

Mis à part le moment qu’une presse toute neuve arrive dans mon atelier, quand est-ce que je suis tenus de régler à nouveau notre machine ?

Bien-sûr, quand je change d’épaisseur de plaque, généralement passant d’une planche en cuivre, ou en zinc, à une en polycarbonate (Plexiglas) ou passant de la taille-douce à la taille d’épargne, sur bois ou linoleum.

Quand dois-je modifier à nouveau la pression de ma presse ? Le moment, c’est quand la température de l’atelier change sensiblement. Aux changements des saisons, par exemple.

Vous pouvez voir ma vidéo traitant le sujet, dans laquelle vous pouvez me voir régler ma Presse de Chartreuse. Abonnez-vous à ma chaîne YouTube pour profiter en temps réel de mes derniers partages.

Je vous ai tout dit, maintenant tout est prêt pour que vos tirages soient parfaits !

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